Illusions Perdues, Politique toc

Entretien d’embûche

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st-ce que vous avez déjà été à un entretien d’embauche ? Est-ce qu’on vous a traité plus bas que terre, tellement que vous avez eu l’impression que la machine qui a creusé le Tunnel sous la manche était votre sœur jumelle ? Est-ce qu’alors vous avez ressenti la pression comme un citron qui subitement se retrouverait au fin fond de l’océan suite à une erreur de David Copperfield ? Est-ce qu’on vous a plus rabaissé que la cuvette des toilettes de la maison d’un macho qui a huit filles toutes Présidentes d’associations féministes ? Est-ce que vous avez déjà trouvé que les questions qu’on vous posait sur votre carrière étaient aussi résolument  positives que la partie lisse d’une pile ? Est-ce que vous avez déjà trouvé que le ton employé aurait fait passé Laurence Boccolini pour un moelleux de chocolat ? Est-ce qu’on a déjà épluché votre parcours de telle manière que si vous aviez été Napoléon à Austerlitz vous vous seriez senti comme Weygand à Sedan ? Que vous ne suiviez plus alors qu’on vous poussait à peine dans vos premiers retranchements ? Est-ce que vous en êtes déjà ressorti humilié, essoré, triste, désappointé, ressentant que toutes les cellules de votre corps ne sont que de la merde de rats mangée et digérée par des vers puis à nouveau expulsée ? Et bien, ça aurait pu être pire, plutôt que d’être une personne, vous auriez pu être un pays.

En tant que pays, les choses auraient été bien pires. Ce n’est pas seulement vous qui auriez été rejeté comme une vieille chaussette portée par huit générations de marathoniens opposés au principe de prendre une douche après l’effort l’aurait été par un mannequin suédois aux pieds doux comme de la peau de soie. Ce sont des millions de personnes, une langue, une culture, et, qui sait, une armée qui vaillamment sut conquérir des continents entiers, massacrer des populations entières, les asservir économiquement et voler leurs richesses qui auraient été rejetés. Et ça, c’est vraiment moche.

Alors bien sûr, pays ne passent pas d’entretiens d’embauche. Mais comment cela se passerait-il si c’était le cas ? Comment cela se passerait-il si c’était le Secrétaire général de l’ONU qui faisait passer les entretiens ? Comment cela se passerait-il si lui seul pouvait déterminer s’il leur redonnerait un job comme pays au sein de XXIème-Siècle SA ? Cela se passerait comme ça :

« - Bonjour M. la France, asseyez-vous je vous prie.
- Merci.
- Aaaaaalors, qu’avez-vous fait depuis deux cent ans ?
- Hé bien, il y a deux cent ans, nous avons inventé la Liberté, l’Egalité, les Droits de l’Homme, les Droits des Peuples, et la Démocratie.
- Ouhlà, bien ! Et après, qu’en avez-vous fait ?
- Nous avons envahi toute l’Europe.
- … Ah ? Pour, euh… ?
- Et bien, pour leur apporter la Liberté, l’Egalité, les Droits de l’Homme, les Droits des Peuples, et la Démocratie.
- Ah bon… Très bien… C’est une démarche originale. Et après ?
- Après, nous avons fait quatre-vingt ans de Guerre Civile, trois autres Révolutions, et eut six régimes politiques.
- …Ah. Et c’était pouuuuur… ?
- Pour savoir si vraiment nous voulions la Liberté, l’Egalité, les Droits de l’Homme, les Droits des Peuples, et la Démocratie.
- Bon. Et après ?
- Après, nous avons envahi l’Afrique.
- …
- Hé oui, on est comme ça nous.
- Et le but s’était… ?
- De leur apporter la Liberté, l’Egalité, les Droits de l’Homme, les Droits des Peuples, et la Démocratie.
- Très bien. Et quelle est l’expérience que vous en avez retiré ?
- Un sentiment de supériorité tellement grand que s’il était au centre de la galaxie tout tournerait autour. Il nous permet de penser que nous sommes meilleurs que tous les autres, que ça devrait vraiment être nous la seule superpuissance mondiale que tout le monde écoute, et que tout irait tellement mieux si tout le monde était comme nous, faisait comme nous, et suivait nos conseils avisés.
- Mmmmmmbon… Très bien. Quelque chose à ajouter ?
- Non non.
- Je vois sur votre CV que vous avez gagné deux guerres mondiales. C’est vrai ça ?
- T…tout à fait. Absolument. Sans problème. Les doigts dans le nez. Je dois dire que pour la deuxième, si on avait voulu, on aurait même pu la gagner sans les Etats-Unis dans notre équipe, mais enfin bon, que voulez-vous, ils avaient tellement insisté pour qu’on les laisse jouer avec nous.
- Très bien, je vous remercie. On vous rappellera. »
La France serait embauchée pour un stage touillette, puis elle serait licenciée au bout de six mois car sa productivité aurait implosé lorsqu’elle aurait appris qu’on n’allait pas immédiatement lui confier le poste de PDG occupé par M. Etats-Unis.

« - Bonjour M. Macédoine. Alors je remarque – c’est amusant – que vous avez tenu à signaler que vous étiez le premier en classe de maternelle, avec une moyenne de 20 sur 20.
- Tout à fait ! J’étais vraiment très bon en maternelle. J’ai même envahi un Empire deux cent fois plus grand que moi vous savez ?!
- C’est très bien tout ça… Mais nous, ce qui nous intéresse, c’est plutôt de savoir ce que vous avez fait après, à l’université par exemple… Votre expérience professionnelle. Vous pourriez m’en dire plus ?
- Et bien… Après la maternelle, j’ai…
- … Vous ?
- … J’aiiiiii….
- Oui.
- J’aiiiiiiiiiiiiiiiii…..
- … Vouuuuuus… ?
- J’ai absolument rien foutu ! … Bouhouhouuuuuuu…. les… Les autres garçons ils ne veulent même pas de moi… Bouhouhou….
- Allons…allons…ne pleurez pas… Je… nous…ne pleurez pas !
- Maintenant j’ai même plus de nom ! Bouhouhou…. houhou…hou…h…
- Allons… allons… On…On vous rappellera, d’accord ?  »
La Macédoine ne serait jamais rappelée, et passerait des années au chômage avant d’accepter d’être mutée dans le groupe des pays à l’IDH moyen.

« - Bonjour M. l’Espagne, siéntese por favor.
- Merci.
- Alors, racontez-moi, qu’est-ce qu’il y a sur votre CV depuis deux cent ans.
- Et bien, pour commencer, on a fait une guerre civile.
- Bon. Ce n’est pas grave. Tout le monde ne peut pas commencer par conquérir un Empire en quinze jours. C’était pour quoi ?
- Oh, rien de bien important. Une lutte pour savoir si on préférait avoir un Etat démocratique, régi par des lois civiles et selon les droits de l’homme, ou une monarchie conservatrice de droit divin ultrareligieuse.
- Ah… Et ?
- Nous avons préféré la deuxième option. Vous savez ce que c’est, quand on a ses habitudes, on ne veut pas en changer, touça touça…
- Bon… Prendre un mauvais départ n’est pas très important, tant qu’on se reprend par la suite. Donc, après votre guerre civile, vous avez fait quoi ?
- Et bien… après, nous avons fait une deuxième guerre civile.
- … ? Bon… Admettons… A propos de ?
- A propos de savoir si on préférait avoir un Etat démocratique, régi par des lois civiles et selon les droits de l’homme, ou une monarchie conservatrice de droit divin ultrareligieuse.
- … ? Vraiment ?
- Oui.
- Et après ?
- Après on a fait une autre guerre civile. Pour déterminer si on préférait avoir un Etat démocratique, régi par des lois civiles et selon les droits de l’homme, ou une monarchie conservatrice de droit divin ultrareligieuse.
- …
- Mais cette fois-ci, c’était différent. En plus on voulait déterminer si on préférait que notre chef s’appelle Charles ou Isabelle.
- Au moins, ça changeait un peu. Et après ?
- Après, on en a fait une autre… Pour vraiment être sûr… Puis après, une troisième, pour vraiment être certains… qu’on préférait pas… Charles à Isabelle.
- Hhhhhm…pfff. Et après ?
- Oh, après, on a fait deux Républiques… Quelques coups d’Etat… On a invité un Roi qui a régné quinze minutes avant de se barrer tellement s’était le bordel…
- Je vois.
- …
- …
- Puis après…
- Après ?
- Après on a fait une guerre civile. Pour… pour savoir si on préférait avoir un Etat démocratique, régi par des lois civiles et selon les droits de l’homme, ou une monarchie conservatrice de droit divin ultrareligieuse.
- Bon, écoutez, tout ça ne va pas dutout M. l’Espagne. Ce que je peux vous proposer c’est de vous séparer en plusieurs entités : Pays Basque, Catalogne, Andalous…
- Mais ça n’ira pas dutout !
- Mais pourquoi ?
- Mais pasque, les Andalous occidentaux détestent les Andalous orientaux, les Valenciens ne veulent pas être confondu avec les Catalans, les Guipúzcoans méprisent les
- NOOOOOOON ! » Crie le Secrétaire-Général de l’ONU en levant les mains au ciel et en criant sa haine à Dieu.
L’Espagne sera nommée chef du personnel.

« - M. la Hongrie. Bonjour ! Asseyez-vous… Alors, je vois sur votre CV que pendant huit cent ans, vous avez été « manager général de l’Europe Centrale. » C’est très bon ça, racontez-moi ça !
- Oh, oui, hé bien, c’est très facile. C’est moi qui était chargé de manager les Slovaques, les Ruthènes, les Roumaines, les Serbes, et les Croates. J’étais grand, fort, puissant et admiré.
- Mais alors, comment se fait-il que vous vous retrouviez au chômage maintenant ?
- Hé bien… j’avais des problèmes relationnels avec mon boss, un Autrichien.
- Oui mais… Pourtant, il vous laissait une autonomie très forte, non ?
- Oui, mais moi je préférais être mon propre boss. Je voulais être grand, fort, puissant et admiré tout seul.
- … mais, racontez-moi, que s’est-il passé ? Vous aviez trouvé la place facilement ?
- Non. En fait, au départ, je m’étais mis en autoentrepreneur et je manageais l’Europe Central tout seul, mais les Ottomans sont arrivés pour me botter le cul. Alors j’ai été racheté par Autriche GMBH, qui a replacé sous mes ordres tous mes anciens subordonnés.
- Mais alors ?
- Mais alors j’ai voulu virer mon Boss.
- Mais…ça n’est pas possible ça ! Ce n’est pas comme ça que ça marche ! Que s’est-il passé ?
- Hé bien…je me suis rebellé.
- Et ensuite ?
- Tous mes subordonnés se sont rebellés et m’ont viré, alors j’ai rappelé mon Boss pour me remettre sous ses ordres et qu’il me rende mes subordonnés.
- Il l’a fait ?
- Il l’a fait.
- Puis ?
- Puis après, je me suis de nouveau dit que puisque j’étais grand, beau, fort, puissant et admiré, ça serait cool si je n’avais pas de Boss. Alors je me suis rebellé contre mon Boss.
- Et que s’est-il passé ?
- Tous mes subordonnés se sont rebellés pour soutenir mon N+1. Je l’ai donc rappelé pour continuer à être grand, beau, fort, puissant et admiré.
- Et après ?
- Je me suis de nouveau dit que ça serait bien cool si grand , beau, fort, puissant et admiré, mais sans mon Boss !
- Non ! Pas encore !
- Si !
- Et que s’est-il passé ?
- Tous mes subordonnés se sont rebellés contre moi !
- Non !
- Si !
- Et après ?!
- Alors j’ai rappelé mon Boss !
- Non ?!
- Si !
- … Et…Qu’a-t-il fait ?
- Je n’ose vous le dire !
- Non… il n’a pas osé ?!
- Si ! Il a replacé sous mes ordres tous mes subordonnés ! J’étais de nouveau grand , beau, fort, puissant et admiré
- Et alors là, qu’avez-vous fait par la suite ?
- Et bien je me suis dit que ça serait super sympa si je n’avais plus de Boss. Alors je l’ai viré !
- Non !
- Si ! Mais cette fois-ci je l’ai viré tellement fort qu’il n’est pas revenu !
- Et que s’est-il passé ?
- TOUS MES SUBORDONNES SE SONT BARRES !!!!!
- Incroyable !
- Si, je vous jure !
- J’ai perdu 80% de mon territoire et les 2/3 de ma population grâce à ma supère stratégie !
- …
- …
- … Je… Euh… Bien… On vous recontactera. »
La Hongrie fut renommée manager.

Vous aviez peur avant de vous rendre à un entretien d’embauche ? N’ayez plus peur maintenant : vous savez que ça pourrait être pire si vous étiez un pays…

/Arsène Sparfell, le directeur des Relations Humaines des Nations Unies

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Un commentaire pour “Entretien d’embûche”

  1. C’ai drole ! Com toujour, c’est bi1. Continu com sa !