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Avoir un ami centriste est-il pire que d’avoir la gale ?

J

e suis une personne très ouverte. J’ai des amis de gauche, j’ai des amis de droite, j’ai des amis de tout bord politique. Mais, d’entre tous, les plus difficiles à supporter sont sans conteste mes amis centristes.

En effet, il est très agréable d’avoir une conversation politique avec un ami de gauche. Et plus il tend vers l’extrême-gauche, et plus cela est agréable. Il suffit d’attendre le bon moment, de le laisser venir, puis, après qu’il ait parlé de n’importe quelle proposition de gauche, il suffit de lâcher nonchalamment mais avec style un simple « on a déjà essayé ça en URSS, et ça n’a pas marché’ » pour remporter le point. Éventuellement, si l’on est plus hardi, ou si l’on a bu un peu, on peut tenter toutes les variantes, des plus faciles, en remplaçant l’URSS par la Chine ou Cuba, au plus divertissantes, en évoquant l’Albanie d’Enver Hoxha.

Avec les amis de droite, c’est pareil. Certes, on ne peut pas user du même argument fallacieux que pour les amis gauchistes en évoquant Pinochet, Franco, ou la dictature des Colonels, qui sont, il faut bien le dire, nettement moins amusant que leur contrepartie de gauche, mais il est néanmoins facile de gagner la discussion en la portant sur un autre terrain. Il est alors aisé de faire suffisamment culpabiliser son ami de droite en mettant le doigt sur son manque d’humanité, sur son adoration du capital au détriment de l’humain, sur sa détestation des droits de l’Homme.

Mais avec des amis centristes, que faire ? Que faire mes amis, que faire ?! Quelle dictature évoquer pour décrédibiliser des arguments ? Quelle tare supposée du caractère pointer du doigt pour avoir raison ? Comment s’en sortir ?

En effet, et c’est la un grand manque de l’imagination humaine, l’Histoire manque de dictature centriste. Du reste, comment une dictature centriste aurait-elle pu se mettre en place ? Un Coup d’Etat centriste est-il possible ? Imagine-t-on les philatélistes, les cadres retraités, et les institutrices non syndiquées s’unir soudainement dans un grand mouvement social pour marcher sur l’Assemblée nationale et prendre tous les pouvoirs ? Que dirait aux augustes membres de cette Assemblée l’éventuel Napoléon centriste qui oserait se présenter devant eux ? « Euh… bonjour Messieurs. Je me présente devant vous pour vous demander de bien vouloir ratifier la prise du pouvoir par le Comité Non-national-car-le-nationalisme-c’est-la-guerre-et-donc-disons-plutôt-Humaniste de Salut Public-enfin-en-tenant-compte-que-notre-idéologie-ne-détient-pas-forcément-la-seule-vérité, ou sinon je me verrais dans l’obligation d’aller formuler la même demande au Sénat. Attention, si vous refusez, je me verrais dans l’obligation d’en référer audit CNNHSP pour pouvoir prononcer la même phrase mais en haussant le ton et en rajoutant donc en prime un point d’exclamation. » ?

Bon… mettons que les Centristes arrivent un jour à prendre le pouvoir par un Coup d’Etat, comment pourraient-ils s’y maintenir ? Comment imaginer un équivalent centriste au Goulag qui soit pire que des cours d’allemand au collège ? Une dictature centriste pourrait toujours forcer les déviants à intégrer une formation en cours du soir qu’ils seraient obligés de valider avec une carte à faire tamponner, inspirée de celle des kebaberies, mais enfin, je ne suis pas certain que cela permettrait de maintenir l’ordre social.

Et d’ailleurs, comment maintenir l’ordre social centriste ? Il faudrait bien évidemment qu’une dictature centriste mette en place une police politique centriste. La police politique d’une dictature centriste pourrait s’appeler Police Anti-Idéologique contre la Formulation d’Opinions Tripales Irrationnelles. Elle aurait pour mission de rechercher tous ceux qui auraient formulé une idée non justifiée par quatorze analyses scientifiques obscures et soulevé l’enthousiasme de plus de 5% des personnes qui l’aurait lue, mettant ainsi en péril le contrat social centriste qui veut qu’une idée qui plait est une idée qui n’est pas suffisamment triste et déprimante pour rendre le citoyen politiquement déprimé, le poussant à mettre en place un système idéologique, et, pour les plus déviants, à penser qu’il a raison. Du reste, en dictature centriste, toute idée enthousiasmante serait bannie, même s’il s’agit de défendre les idées du gouvernement. En premier lieu s’il s’agit de défendre les idées du gouvernement. « Une idée qui plait est une idée malsaine » serait inscrit au fronton de toutes les mairies du pays.

Mais, en réalité, je vous le dis, il y a pire que d’envisager une dictature centriste. Le centrisme pourrait arriver au pouvoir de lui-même, démocratiquement, par les urnes. Porté par une petite vaguelette molle, du style de celles provoquées dans un lac par la chute d’une feuille, un Parti centriste promouvant sans entrain la réformounette centriste pourrait arriver au pouvoir. Immédiatement, la foule ne se rassemblerait pas sur la place de la Concorde, car l’effusion excessive de joie revancharde circonviendrait au dogme centriste. Les militants centristes, bien conscients qu’après le Grand Soir vient le Petit Matin, se contenteraient de boire une coupelette de champagne à la maison pour fêter le Soir Moyen centriste.

Certains croirons que je me moque, mais non, je vous adresse au contraire un avertissement qu’il faut prendre au sérieux, car un grand péril nous guette : il existe un extrémisme centriste ! Certains centristes pensent en effet que même ceux qui pensent comme eux et votent comme eux sont des gros cons qui n’ont rien compris et sont irréalistes. Les plus extrémistes des extrémistes centristes envisagent même de leur envoyer une remontrance ! C’est dire s’il faut prendre garde.

Car oui, un jour, alors qu’on n’y prendra pas garde, un groupe centriste d’une dizaine de personne scissera d’un autre mouvement centriste d’une trentaine de personne, lui-même initialement issu d’un rassemblement d’une soixantaine de personnes pour créer une grande Union destinée à rassembler tous les centristes, et par delà les meilleurs des deux camps afin de travailler tous ensemble dans un gouvernement d’Union nationale au redressement du pays. Il sera alors trop tard, et cette union entamera sa grande marche irrésistible vers le pouvoir.

Ainsi donc, une dictature centriste ne peut être mise en place. Et sans dictature centriste, pas de possibilité de disqualifier en un instant les idées d’autrui en faisant référence à cette dictature en toute mauvaise foi. Et sans mauvaise foi, pas de conversation politique possible ! Et sans possibilité de conversation politique, aucun intérêt d’avoir un ami ! Je viens ainsi donc de prouver avec une logique imparable dont le génie m’émeut moi-même qu’avoir un ami centriste est parfaitement inutile. Demain, je démontrerai que se rendre à une réunion d’écologistes avec un militant de Chasse, Pêche, Nature et Tradition est particulièrement rigolo.

/Arsène Sparfell, le nouveau Schopenhauer

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2 commentaires pour “Avoir un ami centriste est-il pire que d’avoir la gale ?”

  1. massassa dit :

    Pourquoi j’ai l’impression d’être l’ami de droite dans cette affaire….